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Recherche Bay numéro 277 - 30-07-2025

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juil. 31, 2025
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Lorsque j’écrivais, au début de l’été, que la saison estivale s’annonçait mouvementée, je ne m’attendais pas à une telle intensité. Ce qui s’est produit hier sur le marché du cuivre restera sans doute comme l’une des journées les plus spectaculaires de l’histoire récente des matières premières. En l’espace de quatre minutes, le contrat future cuivre du Comex a chuté de plus de -20 %, dans ce qui constitue la plus forte baisse intraday jamais enregistrée sur ce marché.

À l’origine de ce krach éclair : une décision surprise de l’administration Trump. Alors que les opérateurs anticipaient une taxe de 50 % sur toutes les importations de cuivre à partir du 1er août, la Maison-Blanche a finalement annoncé que les produits de cuivre semi-finis seront bien taxés, mais pas le cuivre raffiné — la forme la plus importée par les États-Unis.

Cette annonce a provoqué un effondrement immédiat des prix américains du cuivre, qui se traitaient jusqu’ici avec une prime d’environ +28 % par rapport aux cours du LME, dans l’anticipation d’un tarif généralisé. Ce déséquilibre brutal des anticipations a précipité la liquidation de nombreuses positions longues, provoquant un véritable trou d’air sur le Comex.

Au-delà de la volatilité, ce type d’intervention politique imprévisible — menée sans concertation avec les industriels — rend presque impossible toute planification pour les acteurs du secteur. Comme le résumait un opérateur : « Imaginez devoir gérer une industrie avec ce genre de revirements. Ces fluctuations de prix tuent toute capacité à anticiper. »

Le marché du cuivre, déjà fragilisé par des tensions géopolitiques et des incertitudes sur la demande chinoise, vient de subir une onde de choc qui pourrait avoir des répercussions durables sur la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Les dégâts infligés aux fonds d’arbitrage sont considérables. Il est encore trop tôt pour mesurer pleinement l’étendue des pertes, mais il ne fait aucun doute que la vague de liquidations forcées d’hier aura des effets prolongés sur l’ensemble du complexe des métaux industriels à court terme. La pression baissière ne fait probablement que commencer.

Côté cuivre, les stocks américains, désormais exclus des barrières tarifaires, vont rapidement se déverser sur les marchés internationaux. Ce phénomène d’externalisation de l’excédent américain pourrait peser durablement sur les prix mondiaux du métal rouge, en exerçant une pression immédiate sur les cours LME. L’effet de court terme est donc clairement déflationniste pour le cuivre.

Les partisans d’un super-cycle du cuivre vont tout faire pour défendre les niveaux actuels, car une cassure sous les supports techniques majeurs risquerait de remettre en question la tendance haussière de fond amorcée en 2020. Depuis cette date, le cuivre évolue dans un canal ascendant soutenu par une combinaison de thématiques structurelles : électrification, transition énergétique, tensions géopolitiques sur l’approvisionnement, et sous-investissement chronique dans les capacités minières.

Une rupture nette de ce canal, notamment sous les 4,30 $/lb, enverrait un signal de faiblesse susceptible d’accélérer les dégagements techniques et de provoquer une révision brutale des anticipations de nombreux fonds positionnés long sur le cuivre pour des raisons macro ou ESG. Cela représenterait aussi un défi majeur pour les majors minières, dont les modèles économiques intègrent souvent des hypothèses de prix durablement supérieurs à 4 $/lb.

En clair, la bataille actuelle ne se joue pas uniquement sur le front fondamental ou géopolitique : elle est aussi technique. Et si le marché ne parvient pas à stabiliser rapidement les cours, le narratif haussier du cuivre pourrait vaciller, au moins temporairement.

L’argent, de son côté, a également été entraîné dans cette tempête, pour deux raisons principales. D’abord, des fonds confrontés à des appels de marge massifs sur leurs positions cuivre ont été contraints de liquider en urgence d’autres positions longues, y compris sur l’argent. Ensuite, les marchés anticipent désormais que Trump ne mettra pas en place de taxe sur les concentrés d’argent, ce qui réduit les espoirs d’un soutien tarifaire indirect au prix du métal.

Ce qui est arrivé sur le cuivre rappelle de mauvais souvenirs à tous ceux qui suivent de près les marchés des métaux : en 2011, l’argent avait connu une vente flash d’une violence comparable.

Cette nuit-là, au tout début du mois de mai, alors que les marchés étaient peu liquides à cause d’un week-end prolongé, le CME avait brutalement augmenté les exigences de marge sur les contrats futures argent. La réaction ne s’était pas fait attendre : en quelques heures, le prix s’était effondré de près de 20 %, déclenchant une panique parmi les spéculateurs surexposés et forçant des liquidations en cascade. La correction technique s’était transformée en krach éclair, précipité par un marché déséquilibré et trop fortement levierisé.

Ce 30 juillet 2025, c’est le cuivre qui a été victime d’un choc similaire. L’annonce soudaine de Donald Trump d’exempter le cuivre raffiné des futures taxes douanières a fait voler en éclats le spread anormalement élevé entre le Comex et le LME, provoquant un effondrement historique de -20 % en seulement quatre minutes sur les futures US. Une décision politique, une position spéculative massive construite en amont sur une hypothèse erronée, et une correction brutale devenue incontrôlable : la mécanique est tristement familière. Comme en 2011, ce sont les fonds d’arbitrage et les opérateurs à effet de levier qui paient le prix fort, et les marchés dans leur ensemble qui encaissent le choc. Ces événements rappellent cruellement à quel point, dans les matières premières, la volatilité peut surgir sans prévenir, même lorsque les fondamentaux restent solides.

Et pourtant, la chute de l’argent aurait pu être bien plus violente, si elle n’avait été freinée par la résilience spectaculaire de l’or.

En ce jeudi matin, le contrat à terme sur l’once d’or se maintient au-dessus des 3 300 dollars, résistant aux vents contraires qui balaient l’ensemble des marchés. Cette résilience est d’autant plus remarquable que le dollar américain poursuit sa hausse et que le cuivre vient de subir un effondrement historique. Dans un tel contexte, la solidité de l’or souligne son statut de valeur refuge face aux tensions croissantes sur les marchés financiers.

Je continue à penser que la résilience exceptionnelle de l’or, malgré la tempête qui secoue les autres métaux industriels, s’explique avant tout par ce qui se joue actuellement sur le marché des taux souverains. J’y reviens en détail dans mon bulletin de la semaine publié sur Or.fr, avec un focus particulier sur les interventions répétées — et de plus en plus visibles — de la Banque du Japon pour maintenir la liquidité des JGBs. Derrière le rideau monétaire, c’est une véritable crise larvée qui se développe sur le marché des dettes souveraines, alimentée par des déséquilibres structurels et une demande en reflux face à des émissions colossales. L’or, en tant qu’actif sans risque de contrepartie, reste arrimé à ses plus hauts historiques parce qu’il reflète ce risque systémique profond : celui d’un monde où même les obligations d’État ne sont plus pleinement considérées comme sûres.

L’analyse est à lire ici:

Passons désormais, dans la suite de ce bulletin, à l’analyse des résultats publiés par plusieurs grandes sociétés aurifères cette semaine, ainsi qu’aux stratégies à envisager dans le contexte actuel de correction du secteur. Après la publication impressionnante de Newmont la semaine dernière — qui avait largement battu les attentes avec un free cash flow record et un nouveau programme de rachat d’actions de 3 milliards de dollars — c’est au tour cette semaine d’Alamos Gold de Kinross et d’Agnico Eagle de dévoiler leurs résultats trimestriels. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces publications sont encore plus spectaculaires que celles de Newmont.

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